Histoire de l’Alsace

Chronologie de l’histoire de l’Alsace

  • 496 ou 506: Victoire de Clovis sur les Alamans. L’Alsace est annexée au royaume franc.
  • Vers 610: Apparition du nom de l’Alsace.
  • Vers 640-vers 740: Le duché d’Alsace. Création du duché pour contrôler les Alamans mal soumis.
  • Vers 670-vers 693: Adalric (ou Etichon), duc fondateur de l’abbaye de Sainte-Odile.
  • 727: Fondation de l’abbaye de Murbach par saint Pirmin.
  • 842: Serment de Strasbourg, alliance militaire entre Charles le Chauve et Louis le Germanique contre leur frère ainé Lothaire Ier
  • 843: Traité de Verdun : l’Alsace attribuée à la Lotharingie.
  • 870: Traité de Meersen : l’Alsace passe à Louis le Germanique (Alsace rattachée à la Germanie jusqu’au XVIIe siècle).
  • 880: Fondation de l’abbaye d’Andlau par l’impératrice Richarde.
  • 884: Alsace divisée en deux comtés : Nordgau et Sundgau.
  • 917, 926: Invasions hongroises.
  • 925: L’Alsace rattachée au royaume de Germanie par Henri Ier.
  • 1001-1028: Werner de Habsbourg, évêque de Strasbourg, constructeur de la cathédrale romane.
  • 1048-1054: Pontificat de Léon IX (Brunon d’Eguisheim).
  • 1082-1100: Otton de Hohenstaufen, évêque de Strasbourg.
  • 1105-1147: Frédéric le Borgne (Hohenstaufen), duc de Souabe et d’Alsace.
  • Vers 1125: Les Habsbourg acquièrent le titre de Landgraves de Haute-Alsace.
  • 1125: Frédéric le Borgne (Hohenstaufen) prend le titre de duc d’Alsace. Il construit à cette époque le château du Haut-Koenigsbourg

XI – XII eme siècle : première vague de construction de châteaux forts

  • Vers 1130-1150: Rédaction du premier statut municipal de Strasbourg
  • 1164: Privilège de Frédéric Barberousse accordé à la ville de Haguenau.
  • 1217-1237: Woelfelin, bailli de Frédéric II en Alsace, fait entourer plusieurs villes d’une enceinte de pierre et construire des châteaux impériaux (Kaysersberg, Pflixbourg,etc.)
  • 1220-1230: Apparition de l’art gothique en Alsace.
  • 1245-1273: Grand Interrègne : période de troubles et de guerres privées.
  • 1262 (8 mars): Bataille d’Oberhausbergen. Fin de la domination épiscopale sur la ville de Strasbourg. Strasbourg, ville libre d’Empire.
  • 1273: Élection à l’Empire de Rodolphe de Habsbourg, Landgrave de Haute-Alsace (fin du Grand Interrègne). Il crée le baillage impérial d’Alsace (Landvogtei) de Haguenau.
  • 1331-1360: Révolutions dans les villes, qui mettent fin à la domination du patriciat et assurent le pouvoir municipal aux corporations de métiers.
  • 1349: La peste noire en Alsace – Pogroms contre les Juifs.
  • 1354: Fondation par Charles IV de la ligue des dix villes impériales d’Alsace (Décapole) pour la défense de leur autonomie et la protection militaire.
  • 1356: Séisme : importantes destructions dans la ville de Bâle et dans le Sundgau (sud Alsace).
  • 1363, 1365: Les Grandes Compagnies venues de France (Guerre de Cent Ans) ravagent l’Alsace.
  • 1375 – 1376 : Deuxième invasion des routiers
  • 1419-1422: Guerre dite de Dachstein entre la Ville de Strasbourg et la noblesse de Basse-Alsace.
  • 1439: Première invasion des Armagnacs ou Ecorcheurs.
  • 1444: Deuxième invasion des Armagnacs.
  • 1468: Invasion des Confédérés suisses dans le Sundgau
  • 1469-1474: Les possessions des Habsbourg en Haute-Alsace engagées au duc de Bourgogne, Charles le Téméraire. Sa politique déclenche des conflits. Pierre de Hagenbach, bailli bourguignon, accusé de tyrannie, est décapité (avril 1474).
  • 1515: Mulhouse s’allie à la Confédération helvétique.
  • 1521: Début de la Réforme en Alsace.
  • 1525 (avril-mai): Guerre des Paysans en Alsace. Massacre de Saverne.
  • 1529: Abolition du culte catholique à Strasbourg et à Mulhouse à la suite de l’introduction du protestantisme (1521).
  • 1555: Paix d’Augsbourg: les frontières entre seigneuries catholiques et protestantes en Alsace sont fixées.
  • 1621: Début de la guerre de Trente Ans en Alsace, proclamation de neutralité de la Ville de Strasbourg (traité d’Aschaffenburg, 21 mars) et invasion des troupes de Mansfeld (20 novembre).
  • 1632 (7 juin): Traité d’alliance entre la Ville de Strasbourg et Gustave-Adolphe, roi de Suède. Invasion de l’Alsace par les Suédois.
  • 1634: Premières occupations françaises en Alsace.
  • 1635 (1er août): Traité de Rueil entre la Ville de Colmar et la France.
  • 1638 (8 décembre): Capitulation de Brisach.
  • 1648 (24 octobre): Par les traités de Westphalie, signés à Münster et à Osnabrück, l’Empereur cède au Roi de France ses droits et possessions en Alsace.
  • 1655: Arrivée en Alsace du premier intendant, Colbert de Croissy.
  • 1657: Edit de création du Conseil souverain d’Alsace qui sera installé à Ensisheim (4 novembre 1658).
  • 1673 (automne): Première visite en Alsace de Louis XIV qui réduit la Décapole à l’obéissance.
  • 1675 (5 janvier): Victoire de Turenne à Turckheim.
  • 1680 (9 août): Le Conseil souverain d’Alsace enregistre la politique des « réunions ».
  • 1681 (30 septembre): Strasbourg devient « Ville libre royale ». Louis XIV est reçu à la cathédrale par l’évêque François Egon de Furstenberg.
  • 1697 (30 octobre): Au traité de Ryswick, le Rhin devient frontière entre la France et l’Empire.
  • 1908 (13 mai): Inauguration du château reconstruit du Haut-Koenigsbourg en présence de Guillaume II.

Cette chronologie a été réalisée par la Fédération des Sociétés d’Histoire et d’Archéologie d’Alsace (FSHAA).

 

Histoire de l’Alsace

L’Alsace incorporée à l’histoire de la Germanie

Lors du partage en trois parties de l’empire de Charlemagne en 843 au traité de Verdun, l’Alsace revient à Lothaire. Peu viable et sans descendance après la mort de Lothaire II, ce royaume est partagé au traité de Meerssen (870). L’Alsace se trouve incorporée avec la Lorraine à l’histoire de la Germanie. Elle restera dans cet ensemble jusqu’en 1648 (traités de Westphalie), date à partir de laquelle l’Alsace sera progressivement annexée par la France de Louis XIV. Mulhouse ne deviendra française qu’en 1798.

L’empire, un territoire immense, une organisation politique décentralisée

Le territoire impérial qui variera au cours des siècles est immense. Il couvre une grande partie de l’Europe centrale et de l’est et descend jusqu’à l’Italie centrale. Sa taille empêchera la constitution d’un Etat-nation et d’une gouvernance centralisée comme ce fut le cas dans d’autres pays d’Europe comme la France ou l’Angleterre.

Malgré la survie des cadres politiques antérieurs, la difficulté d’exercer le pouvoir profita aux puissants et à l’aristocratie foncière montée aux affaires politiques. Ce phénomène fut renforcé à chaque niveau par la transformation d’une fonction d’autorité, exercée au départ par délégation, en un patrimoine familial qui assurait à leur détenteur une quasi-indépendance.

La naissance du Saint Empire Romain Germanique en 962 ne modifia pas grand-chose.
Les empereurs furent accaparés par leur lutte contre les papes et leur souhait de contrôler la richesse des régions d’Italie du nord.
Ne possédant en propre que peu de territoires sources de revenus, les empereurs n’avaient pas pu développer les institutions qui leur auraient permis de gouverner d’une main ferme.
En revanche les principautés s’étaient pourvues, elles, de ces structures, les démanteler était impensable. La mort de Frédéric II en 1250 laisse l’empire sans héritier direct et ouvre une période d’anarchie intitulée l’Interrègne qui dura plus de 20 ans. Malgré cela, aucune communauté ne revendiqua la souveraineté et ne se détacha de l’empire. Elles voulurent rester à l’intérieur d’un cadre garant d’une communauté de destin, sauf la Confédération Helvétique.

Cette communauté de destin dans un cadre fédéral se formalisa avec la rédaction d’un code impérial promulgué en 1356 par l’empereur Charles IV et appelé la Bulle d’or au XVe siècle. Il resta en vigueur jusqu’en 1806. Cet empereur élu, membre de la dynastie des Habsbourg de 1438 à 1806, dispose de peu de pouvoirs. L’essentiel est détenu par 300 princes ecclésiastiques et laïcs et 85 villes d’Empire (le chiffre est variable), dont la plupart relèvent directement du souverain, qui leur confère de larges privilèges mais reste – théoriquement – leur seigneur, tandis qu’une demi-douzaine, comme Strasbourg ou Francfort, sont qualifiées de villes libres et fonctionnent comme de véritables républiques indépendantes.

Le rôle important de l’Eglise

Afin de compenser la faiblesse de ses ressources matérielles, le premier empereur Othon et ses successeurs se servirent de l’autorité morale que leur conférait la dignité impériale et enrôlèrent l’Eglise et les structures ecclésiastiques qui servirent d’armature à l’organisation de l’Empire.

Cette construction fut ébranlée avec la réforme grégorienne quand les papes Léon IX (Bruno d’Eguisheim-Dagsbourg) et Grégoire VII (pape de 1073 à 1085) comprirent qu’une partie des difficultés de l’Eglise, rongée par les abus, trouvait sa source dans la mainmise du pouvoir temporel sur le clergé. L’affrontement avec l’Empire dura cinquante ans et aboutit à la Pénitence de Canossa imposée à l’empereur Henri IV en 1077. Elle marque la victoire de l’Eglise. Frédéric Barberousse (1122/1190) en tira les leçons et fit de la féodalité organisée systématique l’une des bases sur lesquelles la monarchie reposait.

L’influence de la Réforme

L’Empire est ébranlé en son sein par la diffusion des idées de Luther qui se propagent à partir de 1517. La Réforme protestante trouve un écho auprès de nombreux princes qui embrassent cette religion. L’Alsace constitue également un terreau favorable à l’expansion des idées luthériennes.

L’empereur Charles Quint décide de mettre les chefs de la ligue de Smalkalde regroupant les princes protestants au ban de l’empire et déploie l’armée du Saint Empire pour punir les rebelles. Après la victoire de l’empereur, les princes protestants doivent accepter un compromis qui aboutira à la Paix d’Augbourg (1555) qui reconnait l’existence juridique de deux confessions. Cette paix impose sur chaque territoire une unité confessionnelle et pose le principe de cujus regio ejus religio « tel prince, telle religion ».

Le monde rural interprète à sa manière l’idée luthérienne de liberté en faisant fusionner ses aspirations religieuses avec des revendications sociales dont, entre autre, la suppression des corvées et autres, également en Suisse, Lorraine et Alsace. Cette guerre des paysans a lieu entre 1524 et 1525 et touche l’Alsace au printemps 1525. Ce soulèvement de l’homme ordinaire (la révolte des Rustauds), à forte composante messianique et mystique est plus qu’une jacquerie. Il s’achève dans un bain de sang (plus de 25 000 rustauds, soit près de 10 % de la population, sont massacrés dans la région de Saverne puis de Scherwiller). Après ces évènements, la Réforme perd une partie de sa résonance spirituelle auprès des milieux populaires pour prendre en Alsace la forme d’églises territoriales à l’image de son évolution progressive dans le reste de l’Empire.

L’Alsace, une mosaïque de pouvoirs

A la différence de nombreux royaumes et régions qui virent tôt ou tard émerger un plus puissant capable d’organiser un territoire sous son autorité, nul prince ne réussit à s’imposer en Alsace. L’Alsace, qui est plus une région géographique que politique à l’époque, s’insère dans la mouvance du duché de Souabe, un ensemble qui comprend le Bade-Wurtemberg actuel et la plus grande partie de la Suisse alémanique. Conrad de Souabe et ses successeurs portèrent à partir de 988, le titre de « dux Alsaciorum et Allemanorum ».

Les pouvoirs locaux sont exercés au départ par les évêques – ceux de Strasbourg et de Bâle, et par les comtes comme ceux du Nordgau ou les Eguisheim. Les villes prennent progressivement de l’importance.
L’Empereur y joue un rôle plus ou moins important en fonction des territoires qui lui appartiennent en propre et permettent de consolider son autorité, c’est le cas sous les Staufen ou les Habsbourg.
A l’accession de Frédéric Barberousse au titre d’Empereur en 1152/1190, les Staufen cumulent dans la région des possessions personnelles (Haguenau et Sélestat – château du Haut-Koenigsbourg) et impériales. L’importance de ce passage entre l’Italie et l’Allemagne fait de l’Alsace une région assez stratégique pour cette famille.

L’importance des villes

Barberousse et Frédéric II, ayant intégré la puissance des villes dans leur mode de gouvernement, ont favorisé leur autonomie. Les empereurs, en effet, tiraient de « leurs villes » des ressources non négligeables et un contrepoids au danger latent des nobles auxquels les souverains avaient abandonné leurs droits, et des relais pour leur politique.

Dès 1164, Haguenau se vit accorder un droit urbain spécifique et mission fut donnée à Woelfelin, représentant du roi dans la ville, d’organiser la défense des cités sur lesquelles comptait le souverain (Obernai, Sélestat, Kaysersberg, Colmar). Cette entreprise qui nécessitait des ressources, une gestion de celles-ci et une vision politique dans la durée a, dans toutes les villes, cristallisé la conscience urbaine et sa personnalité juridique. Les villes bénéficiaient du soutien royal. A chaque changement de souverain, les conseils représentant les élites urbaines sollicitaient le renouvellement des privilèges ou franchises.

Elle trouva son prolongement dans la constitution d’une ligue de dix villes (Wissembourg, Haguenau, Rosheim, Obernai, Sélestat, Kaysersberg, Colmar, Munster, Turckheim et Mulhouse), connue sous le nom de Décapole. La Décapole a subsisté jusqu’à la politique d’annexion de Louis XIV.

La montée en puissance des Habsbourg dans le sud de l’Alsace

A partir du XIIe siècle on assiste à la patiente montée en puissance des Habsbourg. Cette famille, implantée en Argovie (l’Argovie est actuellement un canton de la Suisse à la frontière avec l’Allemagne – le château éponyme se trouve sur l’Aar) et à Ottmarsheim, Ensisheim et Val de Villé, a cumulé des terres et des droits essentiellement dispersés en Haute-Alsace mais a surtout su conserver la fonction de Landgrave. Le mariage d’Albert le Sage en 1324 avec Jeanne, l’héritière du Comté de Ferrette fait basculer tout le sud-ouest de l’Alsace dans la zone d’influence des Habsbourg et place la dynastie en position de supériorité très nette dans toute la région.

Une région plutôt riche, mais fragile

La complémentarité des cultures explique la richesse de l’Alsace. Celles-ci répondent à la diversité des besoins de sa population en compensant les aléas de telle ou telle récolte. Elles peuvent produire des excédents. Ceux-ci développèrent des activités d’échanges.

Entre les pays d’Europe du Nord et l’Italie, la vallée rhénane sert de carrefour. Avec la paix carolingienne, l’Alsace constituait un maillon essentiel dans le dispositif d’échange vers le Rhône et l’Italie, entre le Jura Suisse et les Alpes.
Cette économie rurale demeure fragile et exposée aux aléas climatiques ou naturels comme le tremblement de terre de Bâle en 1356 ou la Grande Peste qui se répand en Europe entre 1347 et 1350 (on estime les pertes sur Strasbourg à 15% de la population).

L’Alsace est également affectée par les grands conflits politiques qui secouent l’Europe. Elle subit des dommages collatéraux de la guerre de Cent Ans au XIVe siècle et est très durement affectée par la guerre de Trente Ans (1618 – 1648) marquée par une série de conflits armés. Durant ces conflits, les batailles, les famines, les massacres, l’utilisation de nombreuses troupes de mercenaires ont lourdement pesé sur la démographie et l’économie des États allemands et du royaume d’Espagne. On estime le taux de destruction du bâti entre 30 et 60 % du patrimoine existant et la plaine d’Alsace a perdu, à l’instar de l’ensemble des campagnes rhénanes, entre le tiers et la moitié de ses habitants.