Légendes

livre sur les contes et histoires des châteaux hantés«Lorsque, j’étais petite, chaque dimanche nous partions à la conquête de quelques châteaux forts des Vosges. Comme beaucoup d’enfants, j’étais impatiente et j’aurais voulu courir tout de suite sur les murailles. Mais il fallait marcher sur un sentier qui ne semblait jamais finir. A chaque tournant, j’espérais apercevoir à travers la futaie, une tour un pan de muraille, mais ce n’était qu’un rocher ou une gloriette. Alors, pour m’encourager à mettre un pied devant l’autre, mon père me racontait les fabuleux récits qui entourent ces ruines entre histoire et légende. Il évoquait les preux chevaliers partis à la croisade, les méchantes châtelaines, les damoiselles, se mourant d’amour pour quelque beau page, les parties de chasses effrénées, les seigneurs cruels et violents.

Et quand nous touchions enfin au but, ce n’était plus un amas de pierres ruinées que je voyais mais un fier château aux hautes murailles. Telle une noble dame, je m’asseyais alors sur les banquettes près des fenêtres et brodais quelques coussins en attendant mon seigneur. …/… Soldat de garde, je parcourais le chemin de rond et montais à la plus haute tour»
couverture du livre chateaux contes chateaux hantes

(extrait de Nicole Clauss-Wilsdorf , Châteaux contés, châteaux hantés , Edition du Bastberg, Haguenau, 2006.)

Comme Nicole Clauss-Wilsdorf, nous pensons que les châteaux forts sont un extraordinaire terrain d’imagination pour les promeneurs qui franchissent les murs des châteaux. C’est en particulier une façon d’exciter et mobiliser la curiosité des enfants lors des ballades dans les châteaux forts d’Alsace.

Nous souhaitons partager avec vous ces légendes en les rassemblant sur ce site. Cela fait partie de nos ambitions si nous arrivons à trouver des financements complémentaires.

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Fleckenstein, légende du puits du Diable*

La tradition, qui depuis près de mille ans courait dans la vallée de la Sauer, assurait que le premier seigneur du lieu, Gottfried, avait dès son arrivée sur le rocher du Fleckenstein ordonné que fut creusé un puits afin de pouvoir tenir la place contre vents et marées. Après des semaines de labeur, et quoiqu’ils eussent creusé à plus de cent pieds de profondeur, les puisatiers n’avaient cependant pu trouver d’eau. Le ministériel de l’Empereur se désespérait, lorsqu’un homme, un soir, se présenta à lui.

« Contre dix écus d’or et votre bonne volonté, Seigneur, je trouverai de l’eau », lui dit-il avec un air de sûreté qui impressionna le chevalier.

Quoiqu’il trouvât l’homme bien étrange, Gottfried accepta l’offre qui venait de lui être faite. L’étranger se mit dès lors à l’ouvrage. On le vit descendre dans le trou sec et bientôt retentirent d’interminables et puissants coups de pioche.Lorsque, au soir, il ressortit du trou, Gottfried l’attendait, anxieux.

« Alors ?! », demanda-t-il avec impatience.

« Attendez encore, Seigneur… », lui répondit l’homme avec autant de calme que le chevalier faisait preuve de nervosité.

Le lendemain, l’homme remonta dans le panier suspendu à un fil au-dessus du trou et se fit à nouveau descendre. Les hommes qui maniaient la roue mesurèrent deux cents pas de corde. Jamais on n’avait vu puits si profond demeurer aussi sec…

Une nouvelle journée s’écoula durant laquelle pas un instant ne cessa de se faire entendre la pioche de l’inconnu. Au soir, néanmoins, il annonça, tout comme la veille, que son ouvrage n’était pas achevé. Aussi se fit-il redescendre le matin suivant dans le trou béant creusé au pied de l’immense rocher du Fleckenstein. Ses coups de pioche résonnèrent toute la journée sans la plus petite seconde d’interruption. Au grand étonnement de chacun, l’homme ne semblait pas prendre de repos, ni pour boire ni pour manger. Jusqu’où creuserait-il ? On avait, au matin, laisser filer trois cents pas de corde…

Alors que le soleil déclinait, les coups de pioche cessèrent soudainement. Une voix caverneuse retentit alors, demandant à ce qu’on fit descendre le panier jusqu’à lui. Les hommes de peine de Gottfried s’exécutèrent et remontèrent bientôt l’étranger.

« Est-ce donc fini ? », demanda ce dernier.

« Venez avec moi, Seigneur, vous comprendrez… », se contenta de lui répondre l’homme avec plus de calme que jamais.

L’ancêtre des barons de Fleckenstein se hissa dans le panier au côté du curieux puisatier et ordonna qu’on les fît descendre. La roue grinça sous la charge tandis que les deux hommes disparaissaient dans les profondeurs du trou.

Deux cents pas de corde venaient de courir, lorsque Gottfried sentit une étrange chaleur monter du fond du trou.

« Qu’est-ce donc ? », s’exclama-t-il.

« Rien, ou si peu, Seigneur… Rien ou plutôt tout : la fin de ta peine et l’eau que tu recherches si tu passes avec moi quelque arrangement… », lui répondit l’homme sur un ton plein de mystère.

Le chevalier crut brusquement deviner dans l’obscurité deux yeux terribles qui le fixaient avec intensité.

Le panier descendait toujours, et la chaleur qui montait du fond du trou allait en s’augmentant.

« Ton âme, Gottfried, et tu auras toute l’eau des profondeurs de la terre ! », s’écria alors l’étranger d’une voix d’outre-tombe.

Le seigneur de Fleckenstein tressaillit. L’homme qui se tenait à côté de lui dans le panier n’était plus vraiment un homme : des cornes lui avaient poussé sur le front, ses yeux étaient de braise et son sourire plus satanique encore que celui de Satan.

Satan…

Comprenant tout à coup, Gottfried se signa par trois fois, ce qui fit grimacer affreusement le Diable, car c’était bel et bien lui qui, par sa ruse, entraînait l’aïeul des Fleckenstein dans les tréfonds de la terre.

Le chevalier se mit alors à réciter le « Notre Père » et, sa prière dite, poussa d’un vigoureux coup d’épaule son terrible compagnon hors du panier. Sa chute sembla durer mille ans, accompagnée d’un rire odieux qui jamais ne s’effaça de la mémoire de Gottfried de Fleckenstein.

Rassemblant alors toutes ses forces, le chevalier appela ses gens avec plus d’énergie que Rolland soufflant à Roncevaux dans son olifant pour qu’on le remontât au plus vite ; et sans doute eut-il lui-même grimpé à la corde si ses serviteurs, effrayés par les cris qu’ils avaient entendu, n’avaient donné de toute la puissance de leurs bras pour ramener leur maître.

Lorsque Gottfried revit la lumière du jour, le soleil s’écrasait derrière les montagnes. Une nouvelle fois il se signa puis ordonna à tous de se mettre avec lui à genoux pour invoquer le nom de Dieu. Sans que quiconque comprît, on l’imita, et une pieuse prière monta vers les cieux. À ce même instant, un bruit de tonnerre se fit entendre dans le fond du puits et l’eau, brusquement, vint affleurer aux bords du trou.

Ainsi fut percé le puits du château de Fleckenstein, qui, dit-on, a plus de cent mètres de profondeur, que son premier seigneur obtint en résistant au Malin aussi bien qu’en invoquant le nom de Dieu.

On assure cependant que le Diable, niché dans les profondeurs de la roche, y ricane encore et que celui qui, par mégarde, se pencherait par trop risque de l’entendre rire encore, ainsi qu’il le fait à cet endroit depuis mille ans, et d’être soudainement cueilli par ses démons…

* par François de Gourcez – Auteur en résidence au Fleckenstein en 2008

Hohenbourg, La Dame Blanche du Hohenbourg

Une bien triste histoire enveloppe le château. Mais c’est à la source du « Maïdebrunne » qu’il faut se rendre pour en entendre le récit surgit du fm fond des temps. Pour vous y rendre il suffit d’aller en direction du Wegeinburg, notre dernière étape. Le sentier descend vers un petit col qui marque la frontière entre Allemagne et France. Juste avant d’arriver au col on passe devant ce qui fut, il n’y a pas encore si longtemps, une source abondante. Aujourd’hui, avec l’assèchement progressif des sources, ce n’est qu’un bien faible filet d’eau, si ce ne sont des gouttes, qui tombent sur la margelle du Maïdebrunne. Si la source est célèbre, c’est qu’elle fut témoin d’un amour malheureux. Les seigneurs du Wegeinburg et du Hohenburg étaient depuis longtemps des ennemis acharnés.

Mais il arriva que le damoiseau Robert de Wegehiburg tomba amoureux d’Edwige, la fille du seigneur de Hohenburg. Cet amour était né par hasard. Un jour, alors qu’Edwige rêvait près de cette source, surgit un sanglier qui chargea la damoiselle. Robert, fougueux chasseur qui traquait la bête, se précipita et d’un coup d’épieu terrassa le sanglier. Ce fut ainsi la naissance d’un bel amour. Les deux jeunes gens cachèrent leur idylle, mais se retrouvaient régulièrement près de cette source pour échanger de doux propos. Et l’idylle dura jusqu’au jour où le seigneur de Hohenburg surprit sa fille dans les bras du fils de l’ennemi juré. La colère l’emporta et il tua Robert d’un coup d’épée au coeur. Edwige ne survécut pas à son chagrin, elle s’effondra à l’instant même, unie à son bien-aimé dans la mort. Depuis ce terrible jour poussent près de notre source deux touffes de myosotis. En alsacien ces fleurettes sont surnommées « Vergissmi nit », ne m’oublie pas ! 11 n’est pas rare, qu’à la tombée de la nuit, on puisse apercevoir ici une ombre blanche flottant autour du Maïdebrunne ; c’est le fantôme d’Edwige qui quitte les souterrains du Hohenburg pour revenir sur les lieux de son amour. Là elle chante une douce complainte, mêlant ses larmes au miroir de l’eau. Et lentement sa voix s’envole comme le murmure du vent pour surprendre par sa beauté le promeneur attardé.

Légende du château du Haut-Ribeaupierre

Les frères Ribeaupierre

Légende extraite de Sylvie de Mathuisieulx, Les plus beaux contes d’Alsace, Le Verger Editeur, Barr, 2010

Deux seigneurs, qui étaient frères, vivaient jadis dans deux châteaux élevés face à face : le Saint Ulrich et le Girsberg. Depuis leur tendre enfance, ces deux hommes s’entendaient parfaitement bien. Ils s’estimaient mutuellement et partageaient la majorité de leurs loisirs : ils n’aimaient rien tant que chasser ensemble, ou ripailler joyeusement à la moindre occasion. Si, parfois, ils se disputaient un peu, leurs querelles ne duraient jamais, et ils se réconciliaient en riant au bout de quelques heures.

Comme leurs demeures n’étaient guère éloignées l’une de l’autre, ils avaient pris l’habitude, chaque matin, de se réveiller d’une façon tout à fait originale : le premier debout lançait, avec son arc, une flèche sur le volet du second pour lui signifier qu’il était temps de se lever.

Les jours s’écoulaient donc, pour les frères Ribeaupierre, dans la prospérité, l’harmonie et la joie.

Cependant, le plus jeune tomba un jour amoureux de la fille du roi des ménétriers, ces musiciens ambulants qui, à l’époque, animaient les fêtes dans les villages comme dans les châteaux. L’aîné, très fâché par ce qu’il considérait comme la perspective d’une mésalliance, se mit en colère : « Tu sais aussi bien que moi que la prétendue noblesse de cette famille n’est qu’une amusette, une farce ! Notre lignée protège, certes, les musiciens, et depuis fort longtemps, mais nous ne sommes pas du même monde ! Si tu veux te marier, à ta guise ! Mais pour l’honneur de notre rang, va courtiser la fille d’un duc, d’un comte, ou à la rigueur d’un baron. Quoi qu’il en soit, si tu as pour deux sous de bon sens, oublie vite cette folie ! »

A ces mots, le cadet s’emporta : « Ce n’est pas parce que tu es plus vieux que moi que tu raisonnes mieux ! D’ailleurs, qui parle de rang ou d’honneur, quand il s’agit d’amour ? Doit-on choisir son épouse sur la foi de sa noblesse plutôt que sur ses qualités ? Cette demoiselle n’a pas de blason ? Eh bien, que m’importe ! Elle est belle, bonne, cultivée et avisée, elle a donc toutes les qualités pour me rendre heureux. J’ai trop vu de tristes mariages fondés sur la raison pour envisager, fût-ce un instant, de me plier à tes stupides exigences. » Et, encore bouillant de colère, il se retira au Saint Ulrich sans attendre de réponse.

Les deux hommes passèrent, chacun de son côté, une nuit épouvantable. L’aîné regrettait ses paroles si dures. Se tournant et se retournant dans son lit à baldaquin, il pensait que seul le bonheur de son cadet importait, et que, s’il avait distingué cette jeune fille, celle-ci devait certainement être digne de lui. Le plus jeune, pour sa part, se rongeait les ongles : son frère, même s’il se trompait, n’avait-il pas seulement voulu veiller sur ses intérêts ? Il aurait fallu prendre le temps de discuter, de lui expliquer, au lieu de le planter là…

Ils finirent pourtant par s’endormir, chacun bien décidé à présenter ses excuses à l’autre dès le lendemain, à la première heure. Ils avaient décidé, la veille, et juste avant leur dispute, de partir très tôt pour chasser le cerf…

Lorsque le matin se leva, le cadet sauta donc sur ses pieds et saisit son arc. Par malheur, au même moment, l’aîné ouvrait son volet. Il n’eut pas le temps d’achever son geste : il s’écroula, le cœur transpercé par la flèche qui devait le réveiller.

Fou de douleur, le jeune homme disparut dans la forêt, et on ne le revit plus jamais.

Mais chaque année, à l’anniversaire de ce triste jour d’octobre, on entendait, depuis la tombée de la nuit et jusqu’à l’aurore, les échos d’une chasse infernale dans la montagne autour des deux châteaux. On se remémorait alors tristement l’aventure des deux frères maudits, et personne ne se risquait à sortir jusqu’à ce que le jour soit levé, de peur d’être emporté par les fantômes.

Bien des années plus tard, un lointain descendant du roi des ménétriers, que cette histoire touchait tout particulièrement, décida de composer une musique pour invoquer Notre Dame de Dusenbach. Il se dit qu’il n’avait pas grand’chose à perdre, et qu’elle seule pourrait, peut-être, apaiser l’âme du pauvre meurtrier, condamné à errer pour l’éternité. Le musicien y mit tout son cœur. Il travailla pendant des mois, et attendit patiemment la nuit de la chasse infernale.

Le moment venu, vêtu de son grand manteau, car l’automne avançait, il s’installa, en plein air, muni de son violon. Il était prêt à jouer sa partition avec la plus grande des ferveurs. Déjà, au loin, on entendait le bruit des sabots, des hennissements de chevaux et les aboiements d’une meute déchaînée.

Tout en faisant courir l’archet sur les cordes, il pensait combien de drames étaient la conséquence de maladresses, combien un emportement pouvait avoir des résultats aussi terribles qu’inattendus, que la condition humaine était parfois bien cruelle. Les joues baignées de larmes, il invoqua l’esprit des deux frères qui n’avaient pas eu le temps de se réconcilier.

Alors, les bruits de la chasse maudite se calmèrent, puis se turent. Il souffla dans les sapins une petite brise très pure quand le silence se fit.

Le ménétrier leva les yeux vers les étoiles, ils étaient pleins de gratitude.

Et la montagne, autour des deux châteaux, fut pour toujours libérée des esprits.

Lichtenberg, Le comte Louis de Lichtenberg et le faussaire

Le château de Lichtenberg reste l’iuie des plus belles ruines de nos châteaux vosgiens, alors il doit y avoir des histoires à raconter sur ce site ? Oh que oui. Mais c’est surtout sur le dernier comte de Lichtenberg que les légendes sont nombreuses. Louis de Lichtenberg fiit le dernier comte de la lignée, il est mort en 1480, mais son nom est resté dans la mémoire des gens du pays comme celui d’un homme quelque peu sorcier, mais honnête, qui a joué bien des tours aux mauvaises gens. Ainsi, raconte-t-on à Lichtenberg, le pays avait été visité par un commerçant fort malhonnête. Il achetait ses marchandises en les payant avec du mauvais argent, de fausses pièces qui ne valaient pas un pfennig. 11 aura ainsi ruiné nombre de pauvres gens qui croyaient faire bonne affaire et qui fiirent payés par une monnaie de singe.

L’histoire arriva aux oreilles du comte qui se mit à rechercher le personnage et finit par le trouver. Il fit affaire avec notre homme, lui achetant une forte quantité de belles choses qu’il paya en comptant belles pièces, le tout fourré dans une bourse qu’il remit également au marchand. Celui-ci, trop content rentra chez lui. Mais le lendemain, quand il voulut compter son bel argent et qu’il fourra sa main dans la bourse remise par le comte, il ne trouva qu’un nid de frelons. Il fut horriblement piqué et faillit même perdre la vue. Entre-temps, le comte avait alerté tous les gens grugés par notre commerçant et tous se rassemblèrent autour de sa couche où il gémissait, tant ces fi »elons l’avaient mis mal en point. Un serviteur du comte lui ordonna alors de rendre \evx bon argent à tous ces gens trompés, ce qu’il fit ! Et, comme par enchantement, les firelons se transformèrent pour redevenir de belles pièces d’argent ! Le comte avertit dès lors le méchant bougre que chaque fois qu’il userait de mauvaise monnaie il serait victime de ces mêmes fi-elons. Il parait que dès lors plus aucune mauvaise monnaie ne circula dans le comté de Lichtenberg !